11. La république humaniste écologique (1997-2001)

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A l’élection présidentielle qui suit, Zafy est battu de peu au second tour par … Didier Ratsiraka (photo), dont la traversée du désert et l’exil volontaire à Paris ont été soigneusement occupés à préparer son retour. Etant donné que le taux d’abstention battait tous les records de l’histoire du pays, les observateurs jugèrent ces élections « libres et démocratiques ». Faussement blasés, les Malgaches, qui ont le goût du proverbe, disent alors préférer « un vieux crocodile repu à un jeune reptile affamé »…

Ratsiraka propose un projet de société inédit : la République humaniste écologique, selon laquelle l’économie doit être au service de développement social, en respectant l’environnement et la nature tout en résorbant la pauvreté et en préservant les systèmes de solidarité qui font le tissu de la société malgache. Qui ne souscrirait pas à un tel programme ?

Cependant, entre le projet de société et sa réalisation, il y a une marge. Beaucoup de paroles ne font pas raison et ne créent pas de richesses, seulement de nouveaux besoins et de nouvelles utopies.

Nouveau bon élève de l’économie de marché, le gouvernement de Ratsiraka orchestre le retour des investisseurs étrangers, notamment français, favorise un nouveau code des investissements et une zone franche autour de la capitale. La valeur de la monnaie reste stable (la chute libre fut stoppée) et l’inflation jugulée (inférieure à 4% en 1998).

En matière institutionnelle, le 15 mars 1998, un référendum adopte des modifications constitutionnelles, dont une décentralisation accrue des pouvoirs politiques et économiques, afin de susciter une profonde régionalisation des pôles de décisions et de rapprocher les lieux de pouvoir des quartiers et des villages. L’AREMA (qui est le parti politique créé par Ratsiraka), fait alors un retour en force après six ans d’absence, qui sort des urnes face à une paupérisation sans précédent. Le parti, et donc « l’équipe » du président est en grande forme.

Les indicateurs économiques étaient alors au beau fixe, le président pouvait s’enorgueillir d’une croissance du PIB sans égale auparavant, la confiance des bailleurs de fonds revenait, le tourisme se développait rapidement : bref, tout portait à croire que Madagascar était sortie d’une longue période de troubles et d’incertitudes pour entrer de plain-pied dans l’ère « moderne ».

Mais les prix de tous les produits de première nécessité augmentent à partir de 2000. la croissance retrouvée semble ne bénéficier qu’à une caste politique corrompue, quand elle ne favorise pas des pratiques mafieuses. Les rumeurs les plus folles courent sur la fortune du président sortant et de sa famille…

Pour se mettre à l’abri d’un Parlement à la majorité variable, Ratsiraka renforce ses pouvoirs à la faveur d’un énième référendum. Un peu avant la nouvelle élection présidentielle, fin 2001, pour laquelle il est de nouveau le favori, il installe ses hommes aux postes de gouverneurs dans les six nouvelles provinces autonomes exigées par les bailleurs de fonds institutionnels, le FMI et la Banque mondiale. Bref, on le soupçonne de préparer tranquillement sa réélection… D’ailleurs, dans ce climat de pré-campagne, tout le monde ou presque pense encore que ce ne sera qu’une formalité (il compte bien s’assurer du bénéfice de la politique menée pendant cinq ans). Ratsiraka soigne son image et distribue des milliards d’ariary devant des foules acquises à sa cause, élit de nouveaux gouverneurs dans les six provinces et il changea même quelques juges à la Haute Cour constitutionnelle… C’est donc dans ce contexte de résignation apparente que débute son énième campagne. Mais la Grande Ile n’est pas une île comme les autres. Madagascar a ses raisons que la raison de connaît pas : Ratsiraka mésestime la situation et la détermination d’un nouveau venu sur la scène politique : Marc Ravalomanana, maire de Tana depuis 2 ans.

10. Troisième République : 1992-1997

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La IIIème République est proclamée le 19 août 1992. Une nouvelle Constitution est adoptée, fondée sur le pluralisme politique et la démocratie, qui équilibre les pouvoirs entre un président élu au suffrage universel et une Assemblée nationale souveraine.

Son président, surnommé le « tombeur de Ratsiraka », est l’un des leaders du soulèvement populaire de 1991 : Albert Zafy (photo: au moment de son élection). Il est professeur de chirurgie. Le 16 août, les élections législatives donnent une majorité parlementaire confuse mais favorable au président Zafy.

Sur le plan économique, le gouvernement suit les conseils de Fonds monétaire international et de la Banque mondiale : désengagement de l’Etat, économie mixte laissant une part importante à l’initiative privée, réforme monétaire destinée à favoriser les investissements et à rendre à terme le franc malgache convertible. Cette réforme très contestée, entreprise début 1994 entraîna un « flottement » du franc malgache, qui perdit de sa valeur, laissant dans l’inquiétude autant les opérateurs économiques que la population.

Pendant ce même temps, les tensions entre le président Zafy et le Premier ministre Ravony éclatèrent au grand jour. Cette confrontation atteindra son paroxysme avec la motion de censure déposée par les partisans du président et rejetée par l’Assemblée nationale. Estimant ne pas avoir dit son dernier mot, le président Zafy soumet à un référendum, le 17 septembre 1995, une modification constitutionnelle déléguant au président (et non plus à l’Assemblée nationale) le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre. Le « oui » l’emporte, le régime se présidentialise. Désormais le président et le gouvernement sont en principe unis, face à une Assemblée nationale où s’est recomposée une majorité qui leur est hostile.

Entre 1993 et 1997, l’Assemblé mena une guérilla systématique contre le président et les six gouvernements qui se succédèrent. Parallèlement, l’inflation s’accrut dans des proportions jamais atteintes, le franc malgache « coulant » alors qu’il était supposé « flotter » selon la stratégie monétaire ultra-libérale adoptée.

La classe politique s’est enfoncée dans des affaires. Pour une fois d’accord, le président de l’Assemblée nationale et Zafy, tout en vilipendant les bailleurs de fonds « classiques », se sont mis à rechercher des « financements parallèles » auprès d’organisations privées et d’hommes d’affaires des plus douteux. L’entourage du président Zafy a profité de sa position pour obtenir des « privilèges » ; la corruption et les détournements de fonds publics se sont poursuivis…

Au bout du compte, en cinq années, « l’homme au chapeau de paille » et les fondateurs de la IIIème République auront apporté au peuple malgache une déception à la mesure des espoirs et des rêves que portaient les mouvements populaires de 1991. Une petite élite s’enrichit, tandis que le peuple s’appauvrit encore plus.

Au cours de second semestre 1996, la fin du règne est consommée. Accusé d’avoir violé la Constitution, il est légalement destitué par un vote d’empêchement d’une majorité de députés en août de la même année. Les élections présidentielles sont anticipées.

9. Deuxième République : 2ème partie (1975-1992)

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Madagascar s’endette et s’appauvrit. La corruption s’installe. Tout l’héritage de la colonisation, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé, est gaspillé ou anéanti. On comprend d’autant moins cet échec que la politique nationaliste, ambitieuse voire hautaine de Ratsiraka correspond très exactement à celle voulue par l’intelligentsia merina.

En 1975, Ratsiraka crée un parti unique, l’AREMA (« Avant-garde de la révolution malgache »), à l’image de ses modèles Fidel Castro de Cuba, Kim Il-Sung de Corée du Nord et le colonel Kadhafi de Libye. Au sein de l’Assemblée nationale populaire élue en 1977, et au terme d’un scrutin contesté, ce parti obtient 81% des sièges contre 11% à l’AKFM et 8% à des petites formations. Le gouvernement est organisé dans les mêmes proportions. L’ « Etat AREMA » s’installe comme l’avait fait l’ « Etat PSD » durant les années 1960. La censure de la presse est instituée, les promesses de justice sociale et d’égalité sont vite oubliées, et la vie politique réduite à des manifestations d’enthousiasme populaire « spontanées », ponctuées de « oyé, oyé », le poing fermé et tendu vers le ciel.

En outre, l’économie subit les contrecoups du choc pétrolier et ceux de l’effondrement du cours des matières premières. Malgré les réformes adoptées à la fin des années 1980, la crise économique mondiale achève de déstabiliser l’économie de la Grande Ile. La pauvreté s’étend. La déception est à la mesure des espoirs des années 1970. Ratsiraka est pourtant réélu en 1982 et 1989 sans opposition.

A son slogan « Madagascar qui ne s’agenouille pas » répondent fronde et insécurité permanentes, notamment dans les campagnes, et une opposition souterraine quotidienne au sein d’une administration pléthorique et corrompue. Ratsiraka ne sent pas monter le ras-le-bol grandissant en 1991. En effet, un mouvement de grève générale de plusieurs mois (et intégralement payée !) aboutit au 1er mai 1991, date à laquelle de grandes manifestations ont lieu à Tana et dans plusieurs villes de province, poussant Ratsiraka, amiral rouge d’une île à la dérive, à démissionner après 16 ans de règne absolu. Mais la grève continue jusqu’en janvier 1992. Le 10 août, une marche pacifique d’un demi-million de personnes vers le palais présidentiel tourne au drame : les 50 corps retrouvés ont raison de son entêtement.

Une période confuse s’ensuit, qui s’achève sur le 19 août 1992, où, face à la mobilisation populaire, le président accepte la création d’un gouvernement de consensus et de transition.

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